mots et maux

Posté le 02/05/2009 à 12:00 par motsetmaux




 





Il y a plus de 20 ans maintenant entra dans ma vie un compagnon tendre, joyeux, un peu fou mais fidèle, je l’ai gardé 10 ans avec moi .
C’était un croisé de setter et de labrador, avec la gentillesse du labrador et cette tête qui donne envie de fondre et l’allure du setter, mince, racé, tout superbe batard qu’il était.

Ce compagnon si présent pendant les 10 années qui suivirent, je le rencontrai un beau jour à Paris, chien perdu sans collier, il avait suivi les employés d’un cabinet d’assurance qui étaient en train de déjeuner dans un café après que ceux-ci n’aient pu résister à son air de cabot mendiant qui sait y faire, et avaient partagé leur sandwich avec lui .

J’étais en train de remplir un contrat d’assurance quand la joyeuse bande débarqua, le toutou sur leurs talons.

L’un d’eux s’empressa de téléphoner à sa femme la suppliant de le laisser revenir avec ce compagnon un peu encombrant, il dut renoncer sous peine de divorce…..

Nous étions un 13 juillet, à cette période les abandons d’animaux sont fréquents, il ne portait ni collier, ni tatouage, évidemment l’homme l’avait vérifié avant d’appeler sa femme, cela devait faire un long moment qu’il errait ainsi à voir comment il avait englouti la moitié de leurs sandwichs respectifs, c’est qu’il était gentiment persuasif le bougre quand il voulait quelque chose...

J’étais là, à regarder ce chien qui malheureusement finirait dehors avec un long pont de fête nationale en prévision, personne ne pouvait le prendre, je réfléchissais à toute allure, j’avais un chien, un cocker de 5 ans, Malik, un peu cabochard mais un gentil, il voulait toujours jouer avec les chiens qu’il rencontrait, il l’accepterait c’était certain .Mais est ce que mon sdf allait supporter mon titi ?

Si on appelait la spa, il risquait fort de finir euthanasié, vu la période où l’on était, je ne pouvais accepter cela, j’allais le prendre, 2 mâles adultes ensembles ça risquait d’être chaud, mais je vivais en pavillon, il y aurait certainement moyen de les mettre en présence peu à peu, de toute façon, là, il y avait urgence !!

Restait un détail d’importance à régler, obtenir l’accord de mon futur mari (qui est depuis longtemps devenu mon ex-mari), il devait passer me récupérer en voiture chez ma mère , une heure plus tard , pour nous ramener au pavillon… Je l’appelai, lui aussi adorait les animaux mais de là à en accepter deux alors que certains aspects du caractère de Malik l’irritaient… !!
Mais ce que femme veut…. La réponse vint : «Si tu le veux, débrouille-toi pour l’amener chez ta mère ! »

J’annonçai la bonne nouvelle aux employés qui respirèrent car tout comme moi ils appréhendaient le sort de notre sdf, et ils s’activèrent pour lui confectionner avec une corde un superbe collier laisse , et je descendis , contrat en poche avec mon nouveau compagnon qui conscient que son errance s’achevait venait frotter sa tête contre moi en me regardant avec des yeux de chien mort d’amour .

Il me restait à trouver un taxi compatissant, c’était quand même un sacré bestiau mon nouveau copain, quand il se tenait debout ses pattes arrières, il arrivait à poser ses pattes avant sur mes épaules, je fis signe à un taxi , qui me voyant en si bel équipage , me demanda : « il est propre ? », je lui avouai que je venais de le trouver, que je le pensais car il avait su se tenir chez les assureurs … c’était un jour faste pour celui qui m’avait définitivement adoptée pour maîtresse , l’homme aimait les animaux , je lui promis en espérant y parvenir de maintenir le chien à mes pieds , et nous embarquâmes , mon sdf couché par terre , la tête posée sur mes genoux , me regardant des ses yeux pleins de reconnaissance…

Et c’est ainsi que Titan entra dans ma vie, ou plutôt dans notre vie car il fut tout de suite adopté par la famille entière, mon mari, Malik .et moi-même.
Selon le vétérinaire il devait avoir entre 2 et 3 ans

Entre les 2 chiens ce ne fut finalement pas trop difficile, le nouveau venu était plutôt d’un naturel gentil, il avait été perdu une fois ça l’avait marqué, le portail pouvait être ouvert, il ne se hasardait pas à quitter le jardin, et puis il était gâté, chacun des chiens avait son panier un petit pour Malik et un grand pour Titan.

Il était bichonné, câliné, aimé, nourri, il était heureux...

Il acceptait les caprices du petit qui sans vergogne s’installait dans le grand panier et mon Titan, résigné, plutôt que de chasser l’intrus, ce qu’il aurait pu faire aisément, allait se recroqueviller dans le petit panier …
Il est vrai que mon têtu de Malik exagérait quelquefois , il lui arrivait de tellement enquiquiner le gros que celui-ci finissait par le remettre à sa place , mais les bagarres se passaient toujours quand j’étais à proximité comme si tous les deux sentaient qu’ils avaient besoin de moi pour interrompre la bagarre avant qu’il n’y ait trop de grabuge … Et je dois dire que finalement ils finirent par être vraiment comme des frangins qui se chamaillaient de temps en temps , surtout après que le petit tomba un jour malade, à partir de là, Titan le prit officiellement sous sa protection, et au petit matin j’eus la surprise de les retrouver tous les 2 installés dans le grand panier, dormant dans les pattes l’un de l’autre, comme s’il avait voulu insuffler au petit malade un peu de sa chaleur et de son énergie.

Après la guérison de Malik, le pli était pris, ils continuèrent à dormir ensemble dans le panier du grand.

Un jour, nous décidâmes de partir à la campagne dans le limousin, dans un gite loué par la famille.
Au bout de la petite route qui passait devant la maison, il y en avait une autre sur laquelle se situait une ferme.

Nous vivions la journée la porte ouverte, car il n’y avait pas grand passage, hormis un troupeau de vaches par moments, ou un paysan du coin, je surveillais bien un peu mes animaux mais Malik que j’avais eu à 2 mois n’aimait pas être loin de moi et Titan , avec sa mémoire de chien perdu ne se serait jamais hasardé à quitter l’endroit où se trouvaient ses maîtres ….

Jamais…. Il ne faut jamais dire jamais …..Surtout quand une petite coquine pointe son nez !!

C’était dans l’après-midi, d’un seul coup je me rendis compte d’une absence, Titan avait disparu, nous le cherchâmes partout dans la maison, nous l’appelâmes…. Rien, Malik qui ne le quittait pas était là , mais je ne parle pas assez bien le langage chien, j’eus beau lui demander : « tu sais où es Titan ?? » je n’eus pour toute réponse qu’un grand coup de langue sur le bout du nez ,de mon Malikou dont le fouet (c’est ainsi qu’on appelle le petit bout de queue qu’on laisse aux cockers après la leur avoir coupée juste après la naissance) remuait de contentement d’avoir sa maitresse pour lui tout seul.

Nous enfermâmes Malik à la maison (un chien disparu ça suffisait) et prîmes la voiture dans le but de faire le tour des petites routes avoisinantes en espérant que Titan avait bien pris la route et n’était pas rentré dans les champs.

Je crevais de trouille, il faut dire que de loin avec ses beaux poils fauves on pouvait le confondre avec un renard et les paysans ne sont pas tendres pour qui s’en prend à leurs volailles !!

Et nous roulions doucement toutes fenêtres ouvertes en criant sans arrêt : « Titan !! »
Aucun chien à l’horizon, ça ne lui ressemblait pas, je m’imaginais le pire.

Nous nous arrêtâmes à la ferme du bas, dans la cour, il y avait un paysan, assis sur un tabouret, un petit chien à ses pieds.

Je lui demandai s’il n’avait pas vu un grand chien roux et c’est alors qu’il me répondit, en s’esclaffant, avec un accent du terroir très marqué : « Ah c’est le chien, que j’ai vu tout à l’heure…..
Vous voyez ce corniaud là, et bien d’habitude il est avec sa copine, votre chien lui a foutu une rouste, et est parti avec sa belle dans le petit bois ».

Ainsi donc mon Titan n’avait fait que suivre l’appel de ses hormones, il avait conquis ses galons de maître en évinçant son adversaire, pour finir par aller se soulager de ses tensions internes avec l’objet de ses désirs.

Nous repartîmes donc un peu rassurés afin de nous rapprocher le plus près de ce petit bois , et cette fois-ci , lorsque nous criâmes son nom, notre galant répondit , il sortit du bois tout gaillard l’air fier comme Artaban, suivi de sa conquête, mais en s’approchant de nous c’était très net qu’il perdait nettement de sa superbe .Il avait les pattes boueuses jusqu’au ventre, pas question de le faire remonter ainsi dans la voiture.

Mon mari me passa le volant puis descendit, prit le chien par son collier et me dit de retourner à la maison afin de préparer de quoi laver Titan,(je précise que ce chien détestait l’eau) et il ramena à pieds notre Roméo un peu piteux toujours flanqué de sa belle en lui faisant sentir à la dureté de sa main qu’il n’était vraiment pas content. .
Quand ils arrivèrent devant la maison je les attendais sur le perron, devant moi j’avais posé 2 seaux remplis d’eau, et je dis à mon garnement qui freinait des 4 pattes à la vue des seaux, en me retenant pour ne pas éclater de rire : « maintenant que t’as trempé ton biscuit, c’est le tour de tes pattes, mon coco »

Le plus drôle dans l’histoire , c’est que de ce jour jusqu’à celui de notre départ , la petite coquine qu’il avait séduite , venait , flanquée du petit corniaud qu’il avait évincé , à la porte du gite , tous les matins, espérant bien que Titan cèderait de nouveau à ses attraits , il l’eut certainement fait , mais la porte était résolument fermée pour éviter une autre fuite qui cette fois-ci aurait pu être fatale (voiture , chasseur, etc. …)
Sam 25 jui 2009 Aucun commentaire